C'est vrai qu'en général ça va...

sauf les jours...

Où ça ne va pas !

Les jours où on ressort de sa "cure" avec ce teint beige cireux si caractéristique des chimios (tu parles d'une "cure"...si on revenait avec une tête pareille des villes d'eaux remboursées par la Sécu, les gens préfèreraient passer 15 jours dans une chaise longue au sommet de la décharge locale ou à faire des barbeuk dans l'incinérateur de déchets du quartier !), cette sensation de malaise qui monte, aussi inexorable qu'inévitable, de gorge qui se resserre, de tempes qui battent le décompte d'une nuit de tempête...

Les jours où la fatigue, sournoise, mauvaise, vous tombe dessus comme une dalle sur un chihuahua, sans prévenir, sans laisser une chance au moindre poil qui dépasse (bon côté poil, faut bien le dire, ça fait un moment que vous n'êtes plus trop embêtée de ce côté-là...séquence finesse...). Où elle vous écrase, vous enfonce, tire vers le fond toute tentative de rébellion. Vorace et envahissante, elle veut toute la place pour elle, gobant la moindre calorie, le moindre frémissement mental qui tenterait de lui voler la victoire ; elle envahit tout comme un fleuve de boue, rend lourd le moindre geste, pesante la moindre pensée, assourdissant le moindre bruit, le moindre son, insupportable un petit qui pleure ou se plaint, difficiles comme jamais les genoux qui plient, les mains qui ramassent, rangent, langent ou préparent, terribles les cinq minutes de plus, de trop de celui qui va enfin prendre le relais après une journée déjà chargée, pesante aussi à sa manière...à qui on ne saura, on ne pourra sourire autant qu'on le voudrait tant bouger le plus petit muscle semble la goutte de trop qui fera déborder le vase et le corps...

Les soirs où l'on retire cette "prothèse" tant redoutée mais qui vous conserve un air "d'avant" au moins le jour et où on se retrouve face à son armoire à glace (pas M. Poulpy hein, celle de la salle de bain !), sidérée que cette gonflée de Sigourney Weaver squatte encore le reflet malgré les menaces répétées de lui faire gober un Alien tout entier si elle persistait...Sidérée de ce dépouillement, de cette nudité lunaire qui vous dérobe votre féminité avec froideur, cynisme et cruauté, qui fait saillir le moindre os, creuse les orbites. Sidérée de cette main désséchée, asséchée qui passe et n'emporte plus dans son mouvement la moindre mèche...Ricaner soudain bêtement en pensant au temps passé (perdu ?) à sécher, soigner, brusher, en un mot discipliner ce volume têtu qui osait frisotter plus vite que son ombre à la moindre trace d'humidité dans l'air...Sourire franchement à la pensée qu'il faille quand même continuer à laver ses "cheveux" mais sans sa tête, "à part" comme la sauce salade de la Sally d'Harry , dans une petite bassine (à celles qui viennent de tourner de l'oeil, je signale aimablement que ce n'est pas la même que "l'autre" !), la sécher tout doucement dans une serviette comme on le fait le soir après les bains sur les petites têtes mouillées...Prendre un fou rire avec sa moitié qui vient d'entrer et à qui on fait remarquer que ça ressemble quand même drôlement à un Yorkshire qui se serait pris dans une cireuse industrielle...

Les moments où l'on s'en veut de ne plus pouvoir, de ne même plus vouloir...

Jusqu'à ce, à ces coup(s) de sonnette inattendu(s), en fin de journée, qui relance(nt) soudain le coeur et les jambes, où le paquet remonté suscite surprise et excitation (un paquet inattendu, c'est un petit Noël au printemps), où les couvercles qui s'ouvrent, les papiers de soie qui se déroulent découvrent aussi quelquechose au dedans, surprennent le vilain cafard enfoui, lui qui se croyait bien tranquille à l'intérieur et se repaîssait sans vergogne de votre énergie...Ce moment où le coeur qui déborde d'une émotion brillante et liquide emporte soudain dans son flot libérateur un malaise qu'on pensait inamovible...

 

Mosaïque

des flots caloriques

(Isabelle, Jésabelle, entre le caramel au beurre salé et le beurre de cacahuète des Oréos napolitains :

 + 1 Kg à la dernière pesée....Mon oncologue vous remercie, il envisage de faire breveter le concept !)

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des flots esthétiques

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des flots jolis, des choses belles,

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des petits moments de Ciel...

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(Agnès, Alice, Estelle, this is priceless...)



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