15 mm...

Un petit machin de rien du tout...

15 mm en couture, un rentré énervant où on sue (enfin moi hein ?!) à grosses gouttes pour piquer juste au bord, juste ce qu'il faut sans trop déborder, pour que ça fasse joli, propre et net...

15 mm...Ni propre, ni net...

A l'écho, ça fait pas gros...

...Mais dans un sein, ça fait bizarre...On simule la boule entre pouce et index et tout à coup, c'est quand même gros non, 15 mm ? On re-vérifie, on appuie, on tourne, elle fronce le nez...Elle fronce la bouche..."Mmmm pas bon tout ça" et la phrase qui tue "non....en fait je n'aime pas du tout ce que je vois"...Et moi donc ! Et "attendez-moi dans la salle d'attente, je reviens vous parler tout de suite"...Encore moins bon ça...Tiens, un ELLE spécial ...Spécial quoi déjà ??? Je ne sais plus lire, je ne sais plus regarder, je ne vois plus, je n'entends plus, je ne suis plus qu'une grosse boule de gorge, d'estomac. J'ai la foire du Trône toute entière qui se déchaine entre les hanches et l'oesophage...Je me répète le mot en boucle, comme une incantation, un répulsif, une formule magique, comme je me suis toujours moquée des superstitions en général, de celle des échelles en particulier passant exprès en-dessous comme une sale gosse en oubliant la règle des probabilités (ou du bon sens ?) selon laquelle on a quand même plus de chances de se prendre un seau dégoulinant de peinture en passant dessous qu'en en faisant le tour...Quoi que...

Elle revient et cette fois-ci, c'est moi qui n'aime pas du tout sa tête, cet "I'm-so-sorry look" comme disent les Américains où la bouche essaye de sourire alors que les yeux démentent...On la sent précise, concise, pas froide pourtant, elle voudrait vous dire que tout va bien, qu'elle s'est trompée mais son métier ce sont les faits...On sent bien qu'elle non plus n'aime pas ce qu'elle vous dit...Je m'imagine à sa place et là c'est moi qui essaye de sourire, peut-être qu'elle trouvera ça moins dur si je souris...Ou peut-être pas...Je serai peut-être le cas qui la fera rentrer chez elle de mauvaise humeur ce soir, qui lui fera oublier toutes les bonnes nouvelles qu'elle a annoncées aujourd'hui, toutes ces petites mamans qui sont reparties de chez elle avec les yeux et le sourire en croissant de lune et des petites étoiles plein la tête...

n.b. poulpesque : arrêter de regarder "Lie to Me" le jeudi soir...Ca ne fait qu'aiguiser certaines perceptions ou intuitions, ou juste un sens de l'observation déjà bien trop aiguisé(e)s chez moi...pffffff...

6 lettres qui tournent, qui vrillent, qui claquent, une chauve-souris immatérielle qui prend mon crâne pour un flipper...l'angoisse qui monte, les tempes qui battent...C'est pas moi...C'est pas ça...

Le tourbillon, la course, le cross du protocole, carré, bien rôdé, testé et approuvé, quasi vu-à-la-télé...Les semaines qui défilent, les examens qui s'accumulent, se multiplient...Eteignez la lumièèèèèère, ça les attire ou quoi ? L'attente, pire que tout, pire que le reste...Ces moments vides où imaginer est mille fois pire que savoir, où la caméra tourne, tourne et re-tourne les mêmes scènes...Imaginer tout perdre, tous LES perdre, imaginer sa vie sans eux, imaginer leur vie sans soi...Vivre en boucle son propre enterrement, leurs premières fois, leurs diplômes, leur mariage de haut, de Là-Haut...Vivre pour la première fois un vrai Vendredi Saint, une fois et plusieurs fois...Comprendre....Juste commencer à comprendre la portée de ce jour-là où tous Il nous porta...Où Il vécut tout ça...Comprendre ô combien la sueur de sang, pleurer avec Lui l'endormissement des Apôtres et cette solitude particulière de celui qui touche sa fin du doigt...L'aimer encore plus pour ça et pour le reste...

Savoir...ENFIN savoir...Inspirer, expirer, recommencer à respirer...

Attaquer...Bouffer...Foncer...Pulser...Encaisser et rendre...Devenir un peu vulgaire...nan, franchement vulgaire : "t'as vu ta sale tronche de m..., tu m'auras pas sal... de...". Se dire que si les enfants en avaient dit le quart de la moitié on les aurait punis pour deux semaines d'anniversaires, de Barbapapa, de Toy Story 3, de gâteaux, de bonbons, et vlan 40 jours de privations achetées, deux semaines de rab offertes etc...Se dire que la prochaine fois qu'ils font ça, ben...on les punira quand même ! On ne va pas se laisser aller non plus hein ???

Le rencontrer, lui, le spécialiste de la chose, compétent, précis, efficace mais humain, chaleureux comme le sont les gens qui cotôient tous les jours ces gens qui doivent "rajouter de la vie aux jours quand on ne peut plus rajouter de jours à la vie" selon la belle phrase souvent citée par Anne-Dauphine Julliand. L'entendre vous décrire le traitement, les effets "secondaires" qu'on ne trouve pas du tout secondaires, mais alors pas du tout ! Et puis la phrase "quoi qu'il en soit, sachez que je ne me fais AU-CUN souci pour votre avenir"...Sentir la crue intérieure, serrer les dents, serrer les fesses, se dire qu'on ne va pas le regarder, ni lui, ni sa moitié qu'on a entendu soudain souffler tellement ténu mais tellement longtemps qu'on s'est dit que s'il avait accouché lui, trois fois, il aurait expulsé sans douleurs...Relever la tête, voir et savoir qu'il comprend, "ça va ? Vous êtes sûre ? vous voulez un mouchoir ?", ne pas en avoir besoin vraiment mais le prendre quand même parce qu'on voit que ça lui fait plaisir d'aider un peu, un rien...Si j'avais su qu'un si petit mouchoir me délivrerait d'un si grand poids...Je vais en acheter à l'eucalyptus, peut-être que l'odeur dope l'effet non ? 

Tumorectomie...3 jours avant, le Sacrement des Malades...Ces paroles douces qui coulent de source, de LA Source...La paix, le calme, la fin des montagnes russes...Et moi qui détestais les paysages de la Beauce et de la Brie, ça m'apprendra tiens ! Et eux tous qui prient, ceux que je connais et que je ne connais pas, qui prient par amour pour moi, par amour ou amitié pour ceux qui leur ont demandé de le faire...Et mon clan tout entier, mon clan des siciliens, des siciliennes, des filleul(e)s, des nièces, qui monte au créneau, qui monte à Paris, qui monte et descend les escaliers, les enfants des poussettes et des baignoirs...Mes soeurs castor-juniors qui organisent les campements, transforment en vacances, en rigolades, cette parenthèse du "Maman est fatiguée, elle doit se reposer" (p.s. :...Euh dites, c'est normal que les enfants ne veuillent plus revenir ????).

Et elle, qui m'expose avec le plus grand sérieux sa tactique de harcèlement spirituel à coups de x neuvaines jusqu'à Pâques et après et qui dans la foulée me fait m'étouffer de rire avec ses blagues sur mes psychoses capillaires d'avant...Et elle qui prépare ce petit bracelet "strength" que j'emmène à toutes les cures, elles qui appellent, qui osent le "comment ça va" surréaliste mais pas tant, qui disent qu'elles rappelleront quoi qu'il arrive, même si je n'appelle pas, moi...Elles qui font bien, qui font du bien...un bien fou mais comme Dieu, l'amour ou l'amitié seuls savent l'être...Je ne rappelle pas toujours, je ne réponds pas tout le temps..Il faut que je macère, je mâche et je digère les étapes les unes après les autres quand cesse le tourbillon et le maelström médical, au moins un temps...Je voudrais leur dire tant de choses mais je sais qu'elles savent que même mon silence est une réponse et leur amitié un trésor, qu'à chaque fois que je raccroche, que je me déconnecte, j'ai un petit soleil à l'intérieur, la bouche et les yeux en croissant de lune et des petites étoiles plein la tête...

Je vais bien, ne t'en fais pas...

...Nolite flere...