La Tribune du Poulpe ou 20 000 lieues sous les nerfs

Humeurs diverses

28 mars 2009

Pour en finir avec le mythe du préservatif "sauveur"...

D'aucuns diront que j'en remets une couche...et bien VOUIIIII ! (comme aurait dit Rabbi Jacob) ! Comme si on demandait aux chrétiens en général et aux catholiques en particulier si on les avait suffisamment assomés ou s'ils voulaient s'en reprendre une tartine en pleine face parce qu'après tout c'est le Carême et que c'est bien connu, tous les cathos sont des masos ! Alors "tendez l'autre joue" ???? Mouais...Comme le dit un ami prêtre, "on veut bien être Agneau mais pas gigot" !!!

Alors au nom du devoir d'intelligence dont parlait le frère Perrier dans le précédent article de ce blog, au nom peut-être tout simplement de l'honnêteté intellectuelle et parce que ce scientifique commence son article par une notion qui me parle mais dont on entend bizarrement peu parler et que j'ai toujours trouvée insupportable quand on parle du sida et de l'Afrique (cad d'une forme odieusement condescendante de racisme se rapprochant dangereusement d'un néocolonialisme pervers trés à l'aise dans ses baskets), quelques éléments complémentaires de réflexion :

Sida : le pape a scientifiquement raison

Tout a été dit ou presque ces derniers jours sur la réponse du Pape à une question d'un journaliste de France 2. Le préservatif aggrave-t-il le problème du Sida ? C'est la science et l'expérience qui le disent : le pape a raison. Sur le plan personnel et collectif, seule une sexualité responsable peut enrayer la pandémie. Et les faits montrent que l'Afrique est parfois en avance sur les pays occidentaux dits civilisés. Explication par un chercheur en biologie cellulaire.

COMME D'HABITUDE, une phrase a été sortie de son contexte : qui s'en étonnera ? Les premières réactions maladroites de certains n'ont pas amélioré les choses, en particulier la tentative du service de presse du Vatican d'atténuer les mots du Pape en lui faisant dire que cela "risquait" d'accroître (aumentare en italien) le problème. En revanche il a été fort bien dit, surtout par les Africains eux-mêmes, mais aussi par des Européens, que toute cette affaire relevait d’une forme de racisme.

On ne prétendra jamais qu'un Français par exemple, est incapable s’il le souhaite de respecter scrupuleusement la condamnation du préservatif au nom de la morale catholique. En revanche, tous ceux qui ont réagi en s'en prenant souvent violemment au Pape semblent penser qu'un Africain est trop bête pour y parvenir. De même, il a été rappelé ce que le Pape avait commencé par dire, à savoir que plus d'un quart des malades du SIDA sont soignés par des institutions catholiques, bien plus que toutes les ONG réunies (18% des malades). On pourrait demander combien sont soignés par des organisations antireligieuses, ou bien par une fondation Juppé ou Cohn-Bendit ou... la liste est longue !

Le préservatif aggrave-t-il le problème du SIDA ?

Oui ou non le préservatif aggrave-t-il le problème du SIDA ? Puisque c'est cette phrase qui a été reprise partout, et que tout le reste a été oublié, je voudrais (re)montrer qu'elle est tout simplement vraie. J'examinerai d'abord sa vérité au plan individuel, puis sa portée à l'échelle des populations et enfin sa réalité pour ce qui est de l'épidémie planétaire.

À première vue, on peut penser que le préservatif est efficace pour une personne ne voulant pas devenir séropositive ou ne voulant pas transmettre sa maladie ; je pense en particulier aux couples où l'une des personne est séropositive, et je ne parlerai pas de ce cas en particulier. On peut en effet sans doute démontrer que plus de gens auraient le SIDA aujourd'hui sans le préservatif, dans le climat de laisser-faire sexuel qui est quasiment mondial. Mais on peut encore plus facilement prouver qu'en respectant la morale sexuelle de la loi naturelle, au moins de temps en temps, nul n'est besoin de préservatif.

Cependant, admettons que pour une personne donnée qui décide d'avoir des relations avec une autre personne dont elle ne sait rien, le préservatif soit un pis aller. Pourtant celui-ci n'est efficace qu'à 85% comme contraceptif chez ceux qui l'utilisent systématiquement, et la plupart des méta-analyses indiquent que son efficacité contre le VIH est de l'ordre de 80 à 90 %. Cela signifie que pour 100 personnes qui utilisent systématique un préservatif, entre 10 et 20 seront malgré tout contaminées. C'est moins efficace que les méthodes de régulation naturelle des naissances. Pourtant on nous rabâche à longueur de temps que celles-ci ne sont pas fiables, à tel point qu'elles ont été surnommées "roulette vaticane".

Pourtant une sérieuse étude a montré que la méthode symptothermique est fiable à 99,4% sur une durée d'un an pour les femmes ayant respecté scrupuleusement tous les critères, et un taux de 98,2% en moyenne lors de cette étude [1]. En "utilisation parfaite", le préservatif est supposé être fiable à 98% (85% en utilisation normale), tout comme la méthode symptothermique selon le chiffre retenu par l'OMS [2]. Va-t-on pouvoir nous expliquer pourquoi le "risque" d'avoir un enfant dans 2% des cas est jugé inacceptable, alors même qu'on juge tout à fait supportable le risque de contamination par le virus du SIDA dans les mêmes proportions ? Si on ne fait pas confiance à une méthode de régulation naturelle des naissances, il est surréaliste de faire confiance au préservatif.

À l’échelle d’une population

Voyons maintenant ce que disent les statistiques et la littérature scientifique sur l'évolution de l'épidémie de SIDA à l'échelle d'une population. On a récemment appris qu'à Washington, la prévalence de l'infection par le VIH était d'au moins 3%. Manquerait-on de préservatifs à Washington ? Ce chiffre est supérieur à celui de plusieurs pays de l'Afrique sub-saharienne (1,2% au Bénin ; 1,6% au Burkina-Faso ; 1,7 au Libéria ; 3,1 au Nigéria ; 2,1 en Angola, etc.).

La réalité est plus complexe. En effet plusieurs personnalités scientifiques de premier plan ont montré que la première mesure à prendre est la réduction du nombre de partenaires. C'est d'autant plus important si une personne a plusieurs partenaires dans une même période.

Prenons l'individu A qui a deux partenaires B et C. Supposons que B soit séropositif, il peut contaminer non seulement A, mais aussi C. Normalement, B et C ne se connaissant pas, il ne devrait pas y avoir de risque de transmission de la maladie entre eux. Mais les risques augmentent exponentiellement avec le nombre de partenaires simultanés. Au contraire le simple fait d'être fidèle à une personne, au moins pendant un temps, réduit considérablement ce genre de risques. C'est en substance ce que démontre Helen Epstein dans un essai paru en novembre 2008 dans le British Medical Journal [3].

H. Epstein est une journaliste indépendante et spécialiste de santé publique dans les pays en voie de développement, auteur notamment de The Invisible Cure: Why We Are Losing The Fight Against AIDS in Africa. De même, une étude essentielle parue dans Science en 2004 démontre que le succès obtenu en Ouganda a été rendu possible en réduisant considérablement le nombre de partenaires et en retardant l'âge des premières relations [4]. Et cette étude a été confirmée [5]. Autrement dit, fidélité et abstinence sont les clés de la lutte contre l'épidémie de SIDA.

En Ouganda en particulier, la chute de la prévalence de séropositivité a précédé de plusieurs années l'arrivée massive des préservatifs. Les autres pays où une baisse sensible de l'épidémie est directement liée à la réduction du nombre de partenaires incluent le Kenya, Haïti, le Zimbabwe, la Thaïlande et le Cambodge [6]. On pourrait également citer James D. Shelton et son "commentaire" publié dans The Lancet fin 2007 sur les dix mythes de l'épidémie de SIDA parmi lesquels on trouve "les préservatifs sont la solution" [7]. Tout comme Helen Field, Shelton, qui appartient à l'USAID (Agence américaine pour le développement international) recommande avant tout de faire baisser le nombre de partenaires simultanés.

Le préservatif donne le goût du risque

Un autre argument a été avancé Edward C. Green qui est le directeur d'un programme de recherche sur la prévention du SIDA à l'université de Harvard. Il s'est fait remarqué la semaine dernière en prenant fait et cause pour le Pape. Dans un entretien accordé à la revue américaine National Review il a déclaré :

« Le Pape a raison, ou bien disons que tous les indices dont nous disposons vont dans le même sens que ce qu'a dit le Pape [...]. Il a été prouvé que les préservatifs ne sont pas efficaces au niveau d'une population. Il y a un lien récurrent, démontré par nos meilleurs études, y compris les "Demographic Health Surveys" financées par les États-Unis, entre une plus grande disponibilité et utilisation des préservatifs et un taux d'infection au VIH plus élevé (et non moins élevé). Ceci peut être dû en partie au phénomène connu sous le nom de "compensation du risque", ce qui signifie que si quelqu'un utilise une technique de réduction d'un risque comme le préservatif, il perd souvent le bénéfice de cette réduction en compensant, ou prenant plus de risques que s'il n'avait pas utilisé cette technique » [8] (traduction AB).

Cette explication est une des clés pour comprendre pourquoi le préservatif est à long terme une mauvaise solution. Tôt ou tard on se lasse de prendre des précautions, et le résultat se manifeste notamment aujourd'hui à Washington avec une reprise tragique de l'épidémie. Et avant qu'on explique que Green est à la solde du pape, il est bon d'ajouter qu'il est agnostique.

À l’échelle de la planète

Passons pour finir à l'échelle de la planète. Nous savons que seuls une réduction drastique du nombre de partenaires, ainsi qu'un âge plus tardif pour le début de l'activité sexuelle sont essentiels pour faire baisser de façon très importante l'épidémie de SIDA. Cela est possible puisqu'en Ouganda on est passé de 25 % à environ 6% de personnes infectées en l'espace de 10-15 ans [4]. Ce qui a pu être fait avec peu de moyens dans un pays souvent en proie à l'instabilité peut être fait ailleurs. L'ennui c'est que pour obtenir l'éradication d'une maladie, il faut que tout le monde joue le jeu. Or il est clair qu'aujourd'hui on ne se donne pas les moyens d'arriver à ce résultat autrement qu'en recherchant des traitements ou un vaccin. En ce sens la promotion du préservatif aggrave donc le problème. Tant que la principale façon de lutter est de promouvoir une solution non fiable dans un cas sur six ou sept au détriment d'un changement de comportement, on n'arrivera jamais à enrayer l'épidémie.

Tous ceux qui s'étonnent que le Pape soit catholique devraient s'apercevoir que son raisonnement, loin d'être idéologique ou simplement moraliste, est scientifiquement le plus valide. Peut-être est-il irréaliste à court terme dans la mesure où la fidélité et l'abstinence sont des valeurs très décriées de nos jours, mais sur le long terme, la seule solution est une prise de conscience de la valeur de la sexualité humaine.

« On ne peut trouver la solution que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c’est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui implique une nouvelle façon de se comporter l’un envers l’autre, et le second, une amitié vraie, surtout envers ceux qui souffrent, la disponibilité à être avec les malades, au prix aussi de sacrifices et de renoncements personnels (Benoît XVI) [9]. »

27 mars 2009 | Albert Barrois

*Albert Barrois est le pseudonyme d’un scientifique, docteur en biologie cellulaire.


[1] Frank-Herrmann et al (2007). « The effectiveness of a fertility awareness based method to avoid pregnancy in relation to a couple’s sexual behaviour during the fertile time: a prospective longitudinal study. » Hum Reprod, 22, 1310-1319.
[2]
Document à télécharger (voir le tableau 1).
[3] Epstein H (2008). « AIDS and the irrational. » British Medical Journal, 337, a2638.
[4] Stoneburner & Low-Beer (2004). « Population-level HIV declines and behavioral risk avoidance in Uganda. » Science, 304, 714-718.
[5] Kirby D (2008) « Changes in sexual behaviour leading to the decline in the prevalence of HIV in Uganda : confirmation from multiple sources of evidence », Sex Transm Inf 84; ii35-ii41
[6] Green & Ruark. First Things, avril 2008. First Things est une revue catholique américaine.
[7] Shelton JD (2007). « Ten myths and one truth about generalised HIV epidemics. » The Lancet, 370, 1809-1811.
[8] Dans un article de Kathryn Jean Lopez, publié en ligne le 19 mars.
[9] Suite de la réponse de Benoît XVI.

Posté par poulpypower à 13:51 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 mars 2009

Williamson, Recife, le préservatif… et les cathos-gogos

Excellent extrait du non-moins excellent site Liberté Politique...

Ces derniers temps, j’ai croisé de nombreux catholiques atterrés par l’affaire Williamson, puis irrités par l’histoire de la fillette de Recife, enfin effondrés devant les propos du pape en Afrique sur le préservatif. Quand j’écris "enfin", c’est une clause de style. Il n’y a aucune raison pour que ça s’arrête. La provocation marche tellement bien qu’il serait inconséquent pour les médias de ne pas remettre 2 € dans le Juke-box la semaine prochaine.

Outre les prescripteurs de l'opinion, qui vivent en circuit fermé, il y a trois moteurs de cet nième accès d’anticatholicisme. Les deux premiers mènent le bal : un groupe restreint mais vociférant de fanatiques haineux d’un côté, l’immense foule des français post-chrétiens en guerre avec leur passé de l’autre, qui ont besoin régulièrement qu’on leur ressorte une bonne excuse pour ne pas mettre les pieds à l’église.

Le troisième moteur, ce sont les cathos-gogos, happés par la vague, se laissant aller à hurler avec la meute, à relayer l’indignation publique, à en causer et bavasser avec le voisin, la famille et tous ceux passant à portée de voix. Le catho-gogo, ce n’est pas l’autre, ce n’est pas un petit groupe, le catho-gogo c’est l’immense majorité d’entre nous, nous qui avons, de près ou de loin, de plus ou moins bon gré, comme acteur ou comme souffleur, participé au gigantesque happening médiatique dont nous étions les hôtes flattés. Et avant l’arrivée de la nouvelle vague, le moment est propice à un sérieux examen de conscience, du genre de ceux qui conduisent au confessionnal. Car deux types de péchés ont été massivement commis depuis un mois et demi parmi les chrétiens français : l’un contre la vérité sur les personnes, l’autre concernant le devoir d’être moins bête.

Mais avant d’entrer dans le détail, deux objections : « Mon indignation ces jours derniers était une saine (sainte ?) indignation contre des propos ou des actes intolérables, je ne suis donc pas concerné par ce qui suit. » Réponse : attendez peut-être de voir ce qui suit. « Le rôle de Décryptage n’est-il pas plutôt d’apporter des analyses et des propositions ? » Réponse : c’est exactement de cela qu’il s’agit ici.

La médisance, le jugement téméraire, la calomnie, le mensonge

Symptômes : après les épisodes évoqués, apparition d’un découragement, d’une lassitude, de doutes sur la foi en Dieu ou dans la sainteté qu’Il accorde à l’Eglise ; mais aussi complaisance à revenir sans cesse sur ces questions, à lire tout ce qui s’écrit, à entendre tout ce qui se dit sur elles, irritabilité contre les proches, difficulté à trouver le silence nécessaire à la prière. Surtout, la conscience de n’avoir ni grandi, ni fait grandir.

Causes : je renvois à l’exposé des offenses faites à la vérité et qui touchent le prochain, dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique (n. 2475 sq). La médisance, le jugement téméraire, la calomnie et le mensonge en sont les formes essentielles. On peut en être auteur ou, plus souvent, complice. Ainsi, se prononcer de manière définitive sur une affaire qui a lieu à l’autre bout du monde sur la seule foi d’une dépêche AFP est quasi-inévitablement un jugement téméraire. Il en va de même lorsque l’on commente la levée d’une excommunication sans savoir ce qu’est une excommunication (car ça n’est pas une « exclusion de l’Église » au sens des terrains de foot et des partis politiques). Il y a malveillance ou calomnie lorsque l’on ne se tait pas après avoir appris que l’interview du misérable Williamson datait de trois mois. On inclura aussi les paroles et les pensées de mépris et de haine à l'égard des chrétiens impliqués dans ces affaires, mais aussi à l’égard des instigateurs ou des complices de la frénésie médiatique. Ce qui constitue le péché – faut-il le préciser ? – c’est l’engagement de la volonté dans l’acte. Avoir des tentations auxquelles on résiste n’entraîne la commission d’aucun mal.

Circonstances aggravantes : lorsque l’offense touche le pape ou des évêques, elle blesse l’unité même de l’Eglise [1]. Lorsque l’offense est commise par un journaliste chrétien ou quelqu’un en charge de la diffusion de l’information, la culpabilité est plus grande car elle émane d’un professionnel dont l’expérience morale devrait le prémunir de telles faiblesses.

Cas particulier : en cas d’addiction aux médias, de besoin irrépressible d’en parler ou d’y penser, il y a ce que l’on appelle un vice, une habitude ancrée contre laquelle la lutte est plus longue et plus exigeante.

Remèdes : retrouver le cours interrompu du carême et, par là, une liberté salutaire à l’égard de l’information. D’où la nécessité d’un solide jeûne médiatique. Au minimum, tourner la page, fermer la radio ou la télévision lorsque les sujets qui entraînent au péché apparaissent. Pour les professionnels placés au cœur de l’ouragan, le recul est grandement favorisé par la prière personnelle, la méditation de l’évangile et l’attention aux proches afin d’éviter d’être aspiré dans le flux.

Réparation : le mal a fait son œuvre. L’esprit de division s’est maintenant largement répandu à l’égard du pape, des évêques, entre chrétiens. La réparation directe est quasi-impossible. Mais elle ne dispense pas d’une réparation indirecte, par un surcroît d’attention au prochain : l’esprit d’unité et de réconciliation doit venir raccommoder le tissu des relations froissées ou déchirées.

Le devoir d’intelligence

Il y a lieu de s’interroger sur l’origine d’une si faible résistance des catholiques aux provocations médiatiques. Sans aucun doute, une attention plus grande portée aux nouvelles plutôt qu’à la Bonne Nouvelle est en cause. Mais il y a plus. L’accusation portée contre le pape d’une complicité de négationnisme aurait dû déclencher un immense éclat de rire tant elle est ridicule et caricaturale des attaques à la mode contre l’Église. Elle a, au contraire, troublé.

Les légitimes questions à propos de ce que l’on rapportait de l’affaire de Recife ne rendaient pas plus légitime le double avortement que l’on nous présentait comme l’indiscutable solution du problème. Qui s’est soucié de ce qu’à l’horreur de multiples viols on ait ajouté sur les épaules d’une fillette le traumatisme d’un double avortement ? S’agissant de Recife comme peu après de l’Afrique, on s’est drapé de miséricorde contre le légalisme d’un évêque ou d’un pape pour mieux s’aligner sur la normativité morale et le culte des solutions hygiénistes de notre culture de mort. Où donc est la miséricorde ? Je ne vois là que transfert d’un légalisme à un autre sous couvert de bonnes intentions.

La vérité est que les chrétiens français payent aujourd’hui une tendance à planquer leurs cadavres dans les placards, à ne pas travailler sérieusement les sujets qui fâchent, à manquer de confiance dans l’intelligence au service de la foi.

L’accusation de complicité de négationnisme ne provoquerait pas un tel malaise si les catholiques avaient à l’esprit que ce n’est pas la foi chrétienne mais l’athéisme postchrétien qui est le trait commun à tous, TOUS les régimes ayant industrialisé le meurtre au siècle passé. Mais qui peut le dire publiquement et l’enseigner dans une République ayant banni toute référence à la foi ?

La levée des excommunications n’aurait pas semblé une trouble faveur si elle ne s’était inscrite dans une certaine vision de l’histoire de l’Église aussi répandue qu’indiscutée, et selon laquelle Vatican II représente une rupture et non une assomption à frais nouveau de la grande Tradition. « Le pape reconnaît les erreurs de Vatican II » ont exulté certains fidèles de la Fraternité Saint-Pie-X ; « Il faut dire au pape que nous n’accepterons aucune braderie du Concile » ont rétorqué les grandes voix du catholicisme français. Comme tout cela paraîtrait futile si Vatican II n’apparaissait plus comme une fin pour les uns, un commencement pour les autres. Une « herméneutique de la continuité » comme l’appelle le pape, voilà ce qu’il aurait fallu développer avec ardeur en France depuis le concile.

Le refus de considérer l’avortement comme une solution pour la fillette de Recife aurait effleuré les consciences si ces dernières avaient reçu quelques notions de morale. Car l’Église réfléchit sur ces questions depuis longtemps maintenant, et a dégagé des principes rappelés sur ce site par
Tugdual Derville. Mais pour comprendre la différence morale abyssale entre un avortement, dans lequel la volonté est de tuer, et un acte médical ayant pour objet de garder en vie mais sans garantie de succès, il faut avoir formé sa conscience hors du légalisme, dans une atmosphère où la norme morale est entendue comme un guide pour la miséricorde et non comme son antagoniste.

Enfin, le rappel fait par le pape en Afrique n’aurait pas paru arriéré si les catholiques avaient eux-mêmes un peu réfléchi aux questions de régulation des naissances, au lieu d’opposer un non possumus en 1968, suivi de quarante ans de silence embarrassé. Car toutes les
études épidémiologiques en Afrique le montrent : mis à part dans certains milieux bien délimités (ceux-là même qui font du bruit en France), la meilleure arme contre la propagation du Sida est l’éducation à la vie morale. (*)

Sur tous ces points, il est grand temps que les catholiques de France arment leur intelligence et prennent le temps de la réflexion. À défaut, ils risquent de passer encore de très mauvais carêmes sous les feux des
médias.

[1] Cela ne signifie pas que le pape ou les évêques soient intouchables, mais seulement qu’en cas d’offense aux personnes, le fait qu’elle vise le pape ou les évêques ajoute la gravité d’une atteinte contre les fondements apostoliques de l’Eglise, fondements institués par le Christ.

20 mars 2009 | Fr. Emmanuel Perrier op

(*) Voir à ce sujet les déclarations du ministre swazi des entreprises dans le terrible reportage d'Emmanuel Ostian (Envoyé Spécial du 19 mars) "Swaziland : le virus en son royaume" au sujet de la monogamie : "il est fier d'être monogame, il y voit son salut : "c'est la 3ème fois que je me marie avec la même femme, c'est le meilleur moyen de se protéger" (sic).

Posté par poulpypower à 06:00 - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 mars 2009

Koh Lanta : Nouvelle Saison

Certaines (nombre d'entre vous) ont déjà dû recevoir cette petite blague par mail mais j'avoue qu'elle m'a fait (plus que) sourire et je vous la répercute donc !

images_1_

PROCHAINE SAISON DE KOH-LANTA 

Six hommes (mariés et pères de famille) vont être laissés sur une île avec une voiture et 3 enfants chacun pour une période de six semaines incompressibles.

Chaque enfant pratique 1 ou 2 sport(s) et suit un cours de musique ou de danse.

.

Il n'y a pas de fast food.

Chaque homme doit :

- Prendre soin de ses 3 enfants
- Garder sa maison propre
- Vérifier les devoirs et faire réciter les leçons

- Préparer les repas
- Faire les lessives

- Payer la liste "virtuelle" des factures sans avoir suffisament d'argent

Chaque homme doit faire un budget pour les courses chaque semaine.

Chaque homme doit se souvenir de l'anniversaire de tous les amis et membres de la famille et leur envoyer une carte - pas un mail !

Chaque homme doit amener chaque enfant à un rendez-vous chez :

- le médecin
- le dentiste 
- le coiffeur

Chaque homme doit également :

.

- faire une visite imprévue aux urgences et y patienter plusieurs heures pour chaque enfant
- faire des gâteaux pour une activité sociale
- assister aux réunions avec les instituteurs et/ou professeurs
- trouver un après-midi par semaine pour faire une activité comme aller au parc (et ça c'est la plus simple !)

.

Chaque homme doit lire une histoire à ses enfants chaque soir et doit les nourrir, les habiller, veiller à ce que leurs dents soient brossées et leurs cheveux coiffés …

Chaque homme est responsable de :

.

- la décoration de son intérieur
- l'entretien du jardin
- son ménage et du rangement de la maison 7 jours sur 7

L'homme pourra avoir accès à la télévision (et à l'ordinateur) si et seulement si les enfants sont couchés et que toutes ses corvées sont terminées.

Mais l'homme doit en outre :

Etre parfaitement épilé
Etre maquillé tous les jours

Porter des bijoux
Porter des chaussures à la mode et inconfortables
Avoir les ongles propres et vernis et les sourcils épilés

.

De plus, durant une des 6 semaines, l’homme devra endurer de douloureuses crampes abdominales, des douleurs aux dos et ressentir un grand changement d'humeur inexpliqué, sans jamais se plaindre ni ralentir le rythme des corvées.

.

A la fin des six semaines, un questionnaire sera remis à chaque père qui connaître les informations suivantes sur chacun de ses enfants :

- Date de naissance
- Poids et taille de naissance, heure de naissance et durée du travail
- Poids et taille actuels de l'enfant
- Pointure des chaussure, taille des vêtements
- Couleur préférée
- Deuxième prénom
- Goûter préféré
- Chanson favorite
- Boisson favorite 
- Jouet favori
- Ses plus grandes peurs et ce qu'il veut faire lorsqu'il sera grand

.

Chaque enfant vote pour éliminer un père de l'île en se basant sur ses performances.

Le dernier homme qui reste gagnera si et seulement si il lui reste encore assez d'énergie pour avoir des moments d'intimité non planifiés avec sa femme.

.
Il aura alors gagné le droit de continuer à jouer durant les vingt-cinq prochaines années.

.

Bonus pour un sans fautes : il aura éventuellement le droit de se faire appeler Maman !

.

.

Comme je le disais à l'amie qui m'a envoyé ce clin d'oeil rigolo (merci Diane !), il me semble qu'une règle essentielle a été oubliée : l'émission est bien Koh-Lanta et PAS "Qui veut gagner des millions" DONC :

.

- Pas de 50/50 (on fait revenir sa femme en douce sur l'île - en lui faisant croire que l'un des enfants est gravement malade - aprés avoir soudoyé un membre de l'équipe de tournage et ce, grâce au PER liquidé en une nuit pour l'occasion, le banquier - un homme évidemment - n'ayant pu résister aux menaces de suicide ou de honte collective pour ses semblables)

.

- Pas d'appel à un ami (en l'occurrence le meilleur ami de tout homme, c'est-à-dire sa mère !)

.

- Pas de vote du public (mettre les enfants sur la plage, devant la maison, avec un écriteau "servez-vous" autour du cou le jour des encombrants où passe le bateau-poubelles de l'émission...).

.

Messieurs, à vos marques, prêts...???

Posté par poulpypower à 14:39 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 mars 2009

Un temps pour tout...

Pour faire écho à l'histoire du violoniste de la Marquise de Carabas, je vous partage la méditation de ce jour de Retraite dans la ville à partir du texte de la Transfiguration (qui est médité phrase après phrase toute cette semaine) que j'ai trouvé particulièrement belle et porteuse de sens autant que de matière à méditer...

montres    sablier

EA9179_001_1_    AA024572_1_

La Parole de Dieu

« Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux. »

         Évangile selon saint Marc, chapitre 9, verset 8.

La méditation

« Soudain » : Dieu est le maître des événements. Lui, et pas nous. Dieu agit, surgit à l'improviste. C'est un bien brusque retour au quotidien pour les apôtres. Thérèse de Lisieux avait cette forte conscience de ce pouvoir de Dieu d'agir dans l'instantané. L'expression « En un instant » revient souvent sous sa plume pour parler de l'intervention de Dieu dans sa vie. Ici, ce « soudain » sonne comme l'annonce d'un retour à une réalité plus difficile où s'annonce la croix, la solitude du Christ.

Combien de fois vais-je regarder ma montre aujourd'hui ? Eh bien, à chaque fois, je vais me rappeler que Dieu est le maître de mon temps. Que chaque regard porté sur ma montre ou toute autre horloge soit pour moi l'occasion de lui redire ma confiance et de lui demander d'habiter chaque instant de ma vie. Qu'il donne sens à ce temps qui semble m'échapper, alors que, pour lui, chaque instant de ma vie a un prix inestimable.

Posté par poulpypower à 14:11 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 mars 2009

De fil en aiguille...

Qui dit carême, dit un peu moins de temps consacré au Net donc un peu plus de temps consacré à autre chose...Entre autres,

Ca (d'après un tutto made in Croix de Provence),

IMG_2188

IMG_2190

(Tissu Reprodepot)

Ca (pour une petite fille née sous des cieux ensoleillés, aux horizons baignés de mer turquoise et de cocotiers),

IMG_2192

(Patron les Intemporels, Tissu Fabricsaddict)

Ca (destinataire encore inconnu)

IMG_2196

(Patron les Intemporels, Tissu Fabbricsaddict)

ou encore ça (dont vous ne verrez pas la suite avant lundi prochain, le temps qu'elle atteigne le petit cou tout doux auquel elle est destinée !)...

IMG_2202

Je dois dire qu'aucun de ces modèles ne m'a donné entière satisfaction en ce qui concerne le rendu final ou les finitions mais "c'est en forgeant qu'on devient forgeron"...je continue donc à battre le fer ou plutôt l'aiguille...tout en méditant... (par ex. avec le temps de prière chanté par les Dominicains de Lille ou comment faire entrer le monastère chez soi...)

Posté par poulpypower à 14:40 - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 mars 2009

Parfum d'arôme...

Il flotte sur la blogo comme...

arum1

Un arôme d'absence, sans ses jolies lignes si aériennes et poétiques...

Un arôme de sucre quand elle mitonne brioches et bugnes chaudes et dorées dont les photos font saliver...

Un arôme d'entrain quand elle vous fait croire que toutes les jolies choses qui sortent de ses mains sont déjà quasiment sorties des vôtres (ça c'est fort, trés, trés fort et en plus-en plus, elle vous envoit le patron pour que vous n'ayez pas d'excuse bidon...oups !)

Un arôme de layette qu'on prépare, qu'on repasse et qu'on pose en jolies piles dans un sac déjà plein de tant d'espoirs et de rêves de frimousse rebondie aux "yeux de sa maman", "à la bouche de son papa", "au nez de ses aînées"...

Un arôme de rose because "little girls are made of sugar and spice and everything nice"...?

Un arôme de bleu car "alors les rois, les dieux, la chance et la victoire seront à tout jamais [ses] esclaves soumis, mais ce qui vaut bien mieux que les rois et la gloire, [il] sera un homme [ton] fils" ...?

Un petit arôme d'arum en somme...???

b_b_

Edit de 15:30 :         Euh en fait c'est une fille...LOL !

Bravo à toi, à elle, à vous...

Posté par poulpypower à 15:25 - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 mars 2009

Prière pour toutes sortes de nécessités...

Après en avoir parlé avec elle (qui a dû enfin pouvoir embrasser les jolies joues rebondies d'Isaure aujourd'hui même !!! la veine !), cette prière de Marie Noël qui me semble un bon début pour un Carême tourné vers le Christ, vers les autres, vécu dans la joie paisible, l'Espérance de la Résurrection et la Charité...

.

Mon Dieu, je viens à vous pour trouver un peu d'aide

Avec les pauvres gens qui me chargent le coeur.

Ils souffrent. Je ne sais où trouver le remède

A leur sort ni comment leur ôter leur douleur.

Mon Dieu, votre pitié voit plus clair que la nôtre.

Je les apporte à vos genoux l'un après l'autre :

Délivrez-les du mal, mon Dieu, chacun du sien...

.     .     .     .     .     .     .     .     .     .     .     .

_ Moi, Seigneur ? O mon Dieu, je n'ai besoin de rien.

.

C'est ma voisine. Hélas ! Mourir lui fait envie.

Elle a laissé son pain se perdre et n'en a plus.

Elle ne savait pas se servir de sa vie

Et la voilà qui reste avec son corps perclus,

Sa misère sans bout, ses vieux jours hors d'usage.

Ah ! Pour sortir de là trouvez-nous un passage.

Je suis pauvre et c'est peu que lui donner du mien....

.     .     .     .     .     .     .     .     .     .     .     .

_ Moi, Seigneur ? O mon Dieu, je n'ai besoin de rien.

.

C'est mon frère malade -- Hélas ! traîner l'année

Toujours dans la même aigre et dolente saison,

Sécher sans fruit, pareil à la graine fanée

Qui ne peut pas lever et gît sous le gazon,

Savez-vous, ô vous, Dieu, comme l'épreuve est dure ?

Moi qui le sais, j'implore. Empêchez qu'elle dure

Pour celui-là, parlez et sa force revient...

.     .     .     .     .     .     .     .     .     .     .     .

_ Moi, Seigneur ? O mon Dieu, je n'ai besoin de rien.

.

C'est mon amie en deuil. Pâle dans sa maison vaine

Où ses yeux ne sont plus, elle cherche sans voir,

Elle vague, épiant le choc sourd de sa peine.

Mon Dieu, ne la laissez pas seule avec le soir,

Mais descendez près d'elle, allez-y tout à l'heure

Pour l'aider à pleurer et pendant qu'elle pleure,

D'elle au monde en secret renouez le lien...

.     .      .     .     .     .      .     .     .     .     .     .

_ Moi, Seigneur ? O mon Dieu, je n'ai besoin de rien.

.

C'est ma petite soeur qui n'est guère jolie,

Ma soeur pareille à moi qui n'a pas de bonheur.

C'est difficile, ô Dieu, même quand on l'oublie,

De marcher tous les jours sans soleil dans le coeur,

De passer sans entrer sur le seuil des tendresses.

Père, ah ! qu'un peu d'amour par pitié la caresse,

Etre heureuse un moment lui ferait tant de bien !...

.     .     .     .     .     .     .     .     .     .     .     .

_ Moi, Seigneur ? O mon Dieu, je n'ai besoin de rien.

.

Mon vieux maître...Il a lu de quoi remplir dix têtes.

Comme il vous servirait, ô mon Dieu! mieux que moi,

Lui si bon, s'il savait qui vous êtes.

Ne lui direz-vous rien qui lui souffle la foi ?

Le malheureux ! Il n'a que lui comme lumière.

Où vous trouverait-il ? Cherchez-le la première

O Grâce, commencez avec lui l'entretien...

.     .     .     .     .     .     .     .     .     .     .     .

_ Moi, Seigneur ? O mon Dieu, je n'ai besoin de rien.

.

Ma mère...Un coeur toujours sur le point de se fendre,

Perdu -- comme le mien -- quand il fait sûr autour.

Dans son trouble, Seigneur, qui saurait l'aller prendre

Et du fond de sa nuit la ramener au jour ?

Mais vous qui le voyez battre en la pauvre femme,

O mon Dieu, préparez dans l'ombre de cette âme,

Dès un nouvel émoi, vite, un nouveau soutien...

.     .      .      .     .      .     .      .      .      .     .

_ Moi, Seigneur ? O mon Dieu, je n'ai besoin de rien.

.

Regardez, ô mon Dieu, tous ceux que je rencontre.

Ceux en qui je m'arrête à souffrir un instant

Et que je laisse après. Seigneur, je vous les montre,

Vous, souvenez-vous d'eux que j'oublie -- ils sont tant! --

Demeurez avec eux tandis que moi je passe,

Portez-les jusqu'au soir puisque avant je suis lasse,

Sauvez-les tous pour moi qui n'ai pas le moyen...

.     .     .      .     .     .     .     .     .     .     .     .

_ Moi, Seigneur ? O mon Dieu, je n'ai besoin de rien.

.

C'est vrai je n'ai guère eu de chance ni d'adresse,

Ni de bien beau chemin depuis que j'ai marché,

Ni tout à fait assez peut-être de tendresse.

-- Mon coeur tremblait si fort que j'aurai mal cherché --

C'est vrai, mon Dieu, je n'ai nul bien d'aucune sorte,

Ni bonheur, ni santé, ni richesse. N'importe,

J'ai tout ce qu'il me faut et vous le savez bien,

Dieu de joie, ô mon Dieu, je n'ai besoin de rien.

                                                                    (1919)

 

d_sert1

40 jours pour Le chercher,

40 jours pour "prier-plus-pour-aimer-mieux",

40 jours pour se ressourcer sur l'Essentiel et l'essentiel,

40 jours pour attendre dans le désert le jaillissement de la Source Vive,

40 jours pour vivre ensemble sous Son regard d'Amour Unique,

40 jours pour tout ça et plus encore,

Alors le Carême, pourquoi ?

...CAR....AIME...

Posté par poulpypower à 16:37 - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1